MÉTADONNÉES MUSICALES : un enjeu majeur pour le secteur de la musique

 


MÉTADONNÉES MUSICALES : COMMENT LES MAÎTRISER PARFAITEMENT À L’ÈRE DU STREAMING

écrit par Arnaud Léonard 13 août 2019
les métadonnées

La surabondance de l’offre de morceaux est aujourd’hui une réalité bien ancrée dans l’industrie musicale. Être talentueux et avoir de la créativité ne suffisent hélas plus. S’adapter n’est pas une fatalité mais une opportunité pour sortir du lot. Dans cette profusion de musique, comprendre et maîtriser les métadonnées est devenu essentiel pour faire la différence en tant que musicien ou professionnel de la musique.

C’est quoi les métadonnées ?

Ce terme technique désigne l’ensemble des données qui caractérisent le morceau mais qui n’est pas « constituante » de celui-ci. Il s’agit de l’équivalent des infos précisées sur l’emballage d’une brique de lait pour faire une analogie. Faut-il que les artistes deviennent des data scientists hors pair ? Non, probablement pas. Mais l’analyse et la manipulation des métadonnées musicales sont fondamentales pour publier, distribuer et exploiter tout le potentiel de votre musique.

Les métadonnées regroupent des informations telles que l’artiste, le genre, le label, le titre des chansons, le nom de l’album, le numéro de piste ou encore le code ISRC.

L'été mon amour Genoux vener

Métadonnées Spotify sur « L’été mon Amour » de Genoux Vener

Des conventions strictes ont été établies, notamment par Spotify et Apple Music, pour éditer les métadonnées. Si les informations que vous donnez sont incorrectes ou approximatives, elles peuvent être reléguées par les grandes plateformes du streaming à des recherches très spécifiques, voire ne pas être classées du tout.

De la rigueur dans la gestion de tes métadonnées, tu adopteras

Si un site web a des mots-clés mal choisis, des en-têtes maladroits ou un mauvais maillage interne, il sera sûrement mal référencé sur Google et les autres moteurs de recherche. De la même façon, un morceau dont les caractéristiques sont mal qualifiées sera mal classifié par Spotify, Apple Music, Deezer, Youtube et même Shazam ! En clair, ne pas faire attention aux métadonnées peut rendre votre titre… introuvable.

À l’origine ces données était gravées directement sur les disques, elles étaient donc limitées. La donne a changé depuis l’avènement du streaming comme mode quasi-exclusif d’écoute. Presque tous les acteurs de cette évolution ont adopté les métadonnées comme outil de catalogage et de classement de leurs gigantesque bibliothèque.

Pour résumer : si vos métadonnées ne sont pas en ordre, votre production n’est tout simplement pas prête pour être partagée et donc pour devenir potentiellement virale sur les plateformes.

Des métadonnées complètes et précises, tu transmettras

Lorsqu’il s’agit de soumettre des métadonnées aux plateformes de streaming, votre distributeur ou plateforme de distribution digitale s’en charge… Si vous les entrez correctement ! Voici une liste de données auxquelles vous n’auriez pas forcément pensé, à vérifier méticuleusement avant de se lancer dans la distribution de votre morceau :

  • Artistes en featuring : tout autre artiste en vedette sur la piste. Ne mentionnez pas de Featured Artists dans le domaine des artistes primaires !
  • Éditeur : l’éditeur représentant le compositeur. Entrez à nouveau le nom du compositeur s’il n’y a pas d’éditeur.
  • Contributeurs additionnels : toute autre personne qui a travaillé sur le morceau et qui devrait être crédité ISRC. Pour rappel, le code ISRC est une sorte de tatouage de vos morceaux permettant de les retrouver par la suite. Si vous n’avez pas d’ISRC pour votre production, vous pouvez l’obtenir en cliquant sur le lien hypertexte mentionné ici.
  • Contenu explicite : indique si la piste contient du contenu explicite – en savoir plus via les directives LANDR.
  • Langues des paroles / Distributeur des paroles 
  • Propriétaire de la composition / Année de composition
  • Propriétaire de l’enregistrement / Année de l’enregistrement
  • Langue de distribution : même si vous avez l’intention de diffuser votre communiqué dans un autre pays ou territoire, la langue de diffusion doit être la langue des métadonnées que vous saisissez.
code ISRC c'est quoi ?

Le code ISRC

3 erreurs à ne pas commettre

1 – Vérifiez au moins 3 fois l’orthographe et le format de vos données
  • N’utilisez jamais d’abréviations et n’ajoutez pas de ponctuation
  • Si vous devez entrer un artiste supplémentaire ou un contributeur additionnel, utilisez un « + » pour ajouter un terme supplémentaire au champ
  • Ne mentionnez pas « X & Y » dans le champ artiste pour désigner la collaboration entre l’artiste X et l’artiste Y. Sauf si vous voulez créer un véritable profil artiste combinant les deux intéressés sur la plateforme.
2 – N’en faites pas trop

Les métadonnées qui n’apportent pas d’information pertinente, précise ou de valeur ajoutée ne contribueront pas positivement à votre catalogage sur les plateformes de streaming.

3 – Soignez votre couverture d’album, d’EP ou de single

Vous devez prêter le même degré d’attention à votre visuel qu’aux autres informations que vous publiez. Les plateformes rappellent qu’elles n’acceptent pas les URLs, les tags « @ » ou la prolifération de texte sur votre pochette. Ces éléments sont perçus par les diffuseurs comme susceptibles de détourner le trafic hors de la plateforme.

Cover d'utilisateurs Groover (de gauche à droite) Magon, Louis Aguilar, Leo Fifty Five et RVBY

Utilisateurs Groover (de gauche à droite) Magon, Louis Aguilar, Leo Fifty Five et RVBY

Focus n°1 : Kid3, un outil pour gérer plus facilement tes métadonnées

L’édition de vos métadonnées peut rapidement devenir fastidieuse et peu enthousiasmante. Afin de ne pas avoir à réitérer l’opération de nombreuses fois, vous pouvez recourir à des Audio Taggers comme Kid3. Kid3 offre la possibilité d’insérer ou de modifier les tags des fichiers musique.

La procédure à suivre est simple. Il suffit de sélectionner le fichier. Le logiciel affiche alors les champs d’informations (métadonnées) qui peuvent être modifiés. L’artiste pourra ainsi spécifier le nom de l’artiste, le type de musique et bien d’autres. L’interface du logiciel est assez intuitive.

Focus n°2 : Le Label Copy

Le Label Copy est un sous-ensemble de métadonnées permettant d’identifier rapidement et clairement les ayant-droits d’une production musicale. Le terme figure dès lors qu’un artiste collabore avec un autre sur une compilation ou qu’un label reçoit sa première licence. Derrière ce terme se cachent des informations telles que l’artiste, le titre de la chanson, le code ISRC, l’éditeur, le producteur et le propriétaire des droits. Ces données sont fondamentales puisqu’elles régissent la répartition des recettes liées à vos droits d’auteur. Il est donc impératif qu’elles soit très précises et rigoureuses. Ces informations peuvent être d’autant plus précieuses lorsque vous avez pour projet de sampler le titre et que vous voulez maîtriser le cadre légal de votre création.

La dématérialisation du support musical a inévitablement conduit à une nouvelle exigence relative à l’édition des métadonnées. Une rédaction stricte et rigoureuse de celles-ci permet un catalogage et un archivage prospère pour l’artiste sur les plateformes de streaming. La compréhension des métadonnées est ainsi devenue aussi bien une nécessité qu’un levier pour l’artiste dans un contexte de surabondance de la production musicale.

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https://larevuedesmedias.ina.fr/les-metadonnees-un-enjeu-majeur-pour-le-secteur-de-la-musique

Les métadonnées : un enjeu majeur pour le secteur de la musique

Avec le développement d’Internet et des technologies numériques, les acteurs historiques du secteur de la musique se sont repositionnés sur toute la chaîne de valeur. En quoi les métadonnées constituent-elles pour eux, mais aussi pour les nouveaux acteurs de l’Internet, un enjeu ?

Temps de lecture : 14 min

 

Le secteur de la musique, qui regroupe la musique enregistrée et le spectacle (vivant musical), se trouve au cœur de la révolution numérique. La chaîne de valeur de ce secteur couvre plusieurs étapes depuis la création jusqu’à la distribution de la musique enregistrée ou la diffusion du spectacle. Les acteurs historiques sont impliqués à chaque étape : création (artiste auteur, compositeur), production (artiste interprète, producteur phonographique, de spectacles), édition (éditeur phonographique, de musique),  distribution physique (grossiste, détaillant), diffusion (ex : radio, télévision, lieu sonorisé, salle de cinéma, de spectacles), consommation (ex : chaîne HiFi, poste de radio, téléviseur), stockage et échange de personne à personne sur support physique (ex : CD). D’autres acteurs historiques interviennent en parallèle : gestion collective des droits (société de gestion collective) et dépôt légal (ex : BnF, INA).
 
La transition numérique s’est répandue sur toute la chaîne en proposant des alternatives aux étapes traditionnelles : distribution numérique (téléchargement et streaming), paiement en ligne (billetterie en ligne), consommation numérique (ex : tablette tactile, téléphone mobile), stockage et échange de personne à personne par Internet (ex : email avec pièce jointe, transfert FTP). Des étapes complémentaires ont également émergé : compression de la musique enregistrée dans des fichiers audio (ex : MP3) ou protection de la musique enregistrée (DRM, tatouage et empreinte numérique). La révolution numérique apporte aussi de nouvelles possibilités avec le partage des fichiers audio par Internet (ex : réseau social, réseau pair à pair, plateforme UGC) et l’adaptation des modèles économiques (ex : gratuit financé par la publicité, payant à l’acte ou par abonnement).
 
Désormais, les acteurs historiques et les nouveaux acteurs de l’Internet se partagent la valeur au sein de trois écosystèmes :
 
- L’écosystème de la culture représente à la fois le spectacle et la musique enregistrée. Cette dernière, à travers l’industrie du disque, appartient aux industries culturelles qui conçoivent des produits destinés à être commercialisés.
 
- L’écosystème des télécommunications, qui s’était cantonné au téléchargement de sonneries pour téléphones mobiles, offre un accès à Internet (ex : ADSL, 3G, WiFi) et aux services en ligne (ex : plateformes de distribution).
 
- L’écosystème de l’informatique et des équipements électroniques a étendu sa gamme d’équipements électroniques (ex : tablette tactile, téléphone mobile) et construit une offre de services en ligne avec les réseaux sociaux (ex : FacebookTwitter), les plateformes de distribution de la musique enregistrée (ex : Apple iTunes, Google Google Play en téléchargement ou Deezer, Spotify en streaming) ou de vidéos musicales (ex : Dailymotion, Google YouTube en streaming).
 
L’articulation entre ces trois écosystèmes passe nécessairement par les métadonnées. C’est pourquoi elles sont essentielles.

Métadonnées : de quoi parle-t-on ?

 

Les données multimédia (ex : musique enregistrée) et les métadonnées (ex : nom du morceau) coexistent. Les données multimédia (media data) sont fixées sur un format de production (ex : PCM pour la musique enregistrée) qui va être adapté aux différents supports physiques (ex : WAV pour le CD) et plateformes de distribution (ex : AAC, FLAC ou MP3).
 
Les métadonnées (metadata) sont définies comme des « données relatives à des données » et utilisées pour identifier et rechercher (métadonnées de propriété), gérer (métadonnées de gestion de droits), comprendre, décrire et qualifier (métadonnées de description), enrichir (métadonnées d’enrichissement) ou analyser (métadonnées d’analyse) les contenus(1). Les métadonnées peuvent être intégrées au fichier audio transportant les données multimédia (ex : champs ID3 dans un MP3) ou transportées dans des formats d’échange (ex : XML).
 
Nous pouvons distinguer deux grandes familles de métadonnées : les métadonnées juridiques et les métadonnées de contenu.
 
Parmi les métadonnées juridiques, les métadonnées de propriété se réfèrent aux codes d’identification normalisés : code EAN (« code-barres  » sur un CD ou un billet de spectacle), IPI (ayants droit), ISNI (contributeurs de type auteur, compositeur, interprète), ISRC (musique enregistrée), ISWC (œuvre musicale) etc. Il existe également des codes d’identification propriétaires : code ASIN d’Amazon (produit), Content ID de Google (contenu sur YouTube), COCV de la Sacem (oeuvre musicale) etc.
 
Les métadonnées de gestion de droits sont utilisées commercialement et juridiquement : prix de vente, types de supports (ex : CD, formats des fichiers audio), territoires d’exploitation etc.
 
Les métadonnées de contenu regroupent les métadonnées de description, d’enrichissement et d’analyse. Les métadonnées de description facilitent la compréhension des données multimédia (d’où leur emploi massif) et se décomposent en :
métadonnées de catalogage : titre du disque, nom de l’artiste, du producteur phonographique, de l’éditeur phonographique, du morceau, sa durée, son numéro de plage, ses auteurs, ses compositeurs, ses artistes interprètes  etc ;
métadonnées « caractérisantes » : genre musical etc ;
métadonnées techniques : nombre de canaux audio (ex : stéréo), fréquence d’échantillonnage (ex : 44.1 kHz), quantification (ex : 16 bits) etc.
 
Les métadonnées d’enrichissement apportent des informations relatives à l’artiste et à son oeuvre : paroles de chansons, biographie, chroniques, photos, nom du producteur de spectacles, site Internet officiel, réseaux sociaux de l’artiste, plateformes de distribution etc. À ces métadonnées s’ajoutent :
- les métadonnées « conjoncturelles » qui sont générées continûment et de manière algorithmique (notamment pour la recommandation) : nombre de ventes (disques, téléchargements), d’écoutes ou de vues et durées associées (streaming), notations par les consommateurs, similarités (artistes, albums, morceaux) etc ;
- les données comportementales : préférences des consommateurs (« les consommateurs ayant acheté ce produit ont également acheté celui-là ») etc.
 
Les métadonnées d’analyse apportent une analyse fine du fichier audio associé à chaque œuvre et sont générées de manière algorithmique (notamment pour la reconnaissance automatique des œuvres musicales ou la recherche de similarités) : tempo (120 BPM), tonalité (do#) etc.
 
Les formats d’échange, auxquels les métadonnées peuvent être intégrées, sont associés à des langages de représentation de données employés pour structurer, représenter et échanger les métadonnées : CSV, JSON, XML etc.

Les enjeux des métadonnées pour le secteur musical

 

De nombreux acteurs interagissent au sein de la chaîne de valeur. En particulier, le secteur de la musique est structuré juridiquement et opérationnellement par l’échange de rapports (reporting), de flux financiers (ex : droit d’auteur, droits voisins et autres) et autres données (ex : support physique, fichier, autorisation, droits, contrat ou accord). Les interactions peuvent être automatisées (ex : transmission d’un rapport) dès lors que tous les acteurs de la chaîne de valeur ont correctement renseigné les métadonnées (ex : ISRC, nom de l’artiste interprète, nombre d’écoutes) et que chaque interaction est verrouillée juridiquement (ex : contrat) et techniquement (ex : format d’échange XML et norme d’échange des métadonnées DDEX).
 
 
Figure 1 : Chaîne de valeur du secteur de la musique

Certaines interactions établies à un bout de la chaîne se répercutent à l’autre bout. Le reversement des royalties aux artistes interprètes est un exemple parmi d’autres. Retenons que sans les métadonnées, une partie des créateurs (auteurs, compositeurs, interprètes) n’est pas rémunérée au titre du droit d’auteur ou celui des droits voisins. Il s’agit donc du premier enjeu. Par exemple, le rapport transmis par la plateforme de distribution à chaque distributeur numérique, de type agrégateur numérique (ex : Believe, IDOL) ou major discographique (Sony, Universal ou Warner), entraîne la rémunération de chaque producteur phonographique, suivie par le reversement des royalties à chaque artiste interprète sous contrat avec le producteur.
 
Le deuxième enjeu concerne l’acquisition de droits d’exploitation des œuvres. Les éditeurs de services en ligne (éditeurs de service de musique en ligne et hébergeurs de plateformes de vidéos musicales) lançant une nouvelle plateforme de distribution négocient les droits d’exploitation de la musique enregistrée : avec la Sacem pour le droit d’auteur (gestion collective) et avec chaque producteur phonographique pour les droits voisins (gestion individuelle). Dans le second cas, les éditeurs mènent parfois des négociations longues (afin de distribuer plusieurs millions de morceaux) et douloureuses (avec les plus gros labels discographiques)(2).  
 
Troisième enjeu : la diversité culturelle et le référencement. À l’échelle nationale, il s’agit de rendre visibles tous les répertoires musicaux français, commerciaux ou non. Les producteurs phonographiques disposant d’un petit catalogue, de peu de visibilité et privilégiant le qualitatif au nom de la diversité culturelle, connaissent deux difficultés : l’accès aux éditeurs de services en ligne et le référencement efficace de leur catalogue. Dans le premier cas, les producteurs peuvent recourir à un agrégateur numérique ou à une société de négociation collective des droits comme Merlin(3). À l’échelle internationale, il s’agit notamment d’harmoniser les métadonnées « caractérisantes » de type genre musical car, par exemple, la musique pop/rock française est perçue comme de la variété internationale au Japon et n’apparaît donc pas dans les rayons pop / rock des détaillants).
 
La reconnaissance automatique des œuvres musicales et la détection automatique des contenus constituent le quatrième enjeu. Selon le rapport « Lescure », une « base d’empreintes numériques uniques », couplée à un dispositif de reconnaissance automatique des œuvres et de détection automatique des contenus disponibles sur les plateformes de distribution, offrirait aux ayants droit un gain de temps dans les procédures de suppression des contenus illicites. Certains hébergeurs de plateformes de vidéos musicales proposent ainsi des outils de reconnaissance automatique des œuvres musicales (basés sur le marquage par empreinte numérique et sur les métadonnées fournies par les producteurs phonographiques) et des outils de détection automatique des contenus illicites.

Les 3 prérequis

 

Trois éléments sont indispensables pour saisir ces différents enjeux. Le premier est de disposer de bases de données musicales de métadonnées consolidées ; le deuxième de certifier l’usage des œuvres et de fiabiliser le reporting ; le troisième de disposer de services techniques spécialisés.
 
Selon le rapport « Zelnik », la structuration et la maintenance de bases de métadonnées musicales représentent une activité « d’intérêt interprofessionnel ». Dans cet esprit, les producteurs phonographiques et les éditeurs de services en ligne se sont engagés à étudier les métadonnées relatives à l’identification de l’ensemble des ayants droit. De fait, les producteurs phonographiques ne fournissent pas toujours de métadonnées aux éditeurs ou de manière incomplète ou non homogène. Les éditeurs doivent alors compléter et fiabiliser les métadonnées qui leur sont fournies et recourir parfois à un service technique spécialisé.
 
En outre, les rapports « Selles » et « Lescure » ont rappelé que la mise à disposition, par les producteurs phonographiques et pour chaque œuvre, de métadonnées consolidées (harmonisées, complétées, fiabilisées) constitue un réel besoin pour le secteur de la musique(4).
 
À ce titre, Jean-Robert Bisaillon a analysé des services techniques spécialisés (ex : CDDB / Gracenote), des logiciels (ex : Apple iTunes), des normes de métadonnées (ex : ID3) et plusieurs dizaines de bases de données musicales et recensé près de 300 champs de métadonnées, ce qui nous donne un aperçu de l’ampleur de la tâche d’harmonisation des métadonnées. En outre, il a élaboré le logiciel d’indexation de métadonnées TGiT, qui implémente les codes ISNI, ISRC et ISWC(5).
 
En France, les principales bases de données musicales sont :
- la base Sacem : œuvres (déposées par ses adhérents) identifiées par les codes COCV / ISWC ;
- la base Adami : musiques enregistrées (récupérées depuis les bases des producteurs phonographiques) ;
- la base Spedidam : musiques enregistrées (déclarées par ses membres) ;
- la base SCPP et base SPPF : musiques enregistrées (déposées par leurs adhérents respectifs) identifiées par le code ISRC ;
- la base BIPP (SNEP / Kantar Media) : catalogues (des producteurs phonographiques) actifs sur le marché français.
 
Par ailleurs, les mêmes rapports ont identifié le besoin d’une« base de référence exhaustive »ou d’un« registre ouvert de métadonnées »afin de rassembler pour chaque œuvre les métadonnées nécessaires à l’identification des œuvres et de leurs ayants droit(6).
 
En France, il existe déjà plusieurs bases de référence :
- le projet Bee Music (SNEP / UPFI / Kantar Media) : catalogues actifs sur le marché français (structuration et consolidation de la base BIPP) ;
- la base BOEM (CSDEM / SEAM) : paroles de chansons identifiées par les codes COCV / ISWC (œuvres musicales), IPI (ayants droit) et ISRC (musique enregistrée).
 
Il en est de même au niveau internationalavec :
- la base GRD (abandonnée en 2014) : œuvres musicales ;
- la base IPD (IPDA / SCAPR) : artistes interprètes (performers) identifiés par le code IPN ;
- la base MusicBrainz : musiques enregistrées identifiées par le code ISRC et reliées aux codes IPI (ayants droit) et ISWC (œuvres musicales).
 
En 2014, le ministère de la Culture et de la Communication a publié une « feuille de route stratégique » relative aux « métadonnées culturelles » et lancé une étude portant sur la « mise en place de registres ouverts de métadonnées » dans plusieurs secteurs dont la musique enregistrée. 
  
La deuxième nécessité est de certifier l’usage des œuvres (ex : nombre de téléchargements, d’écoutes, de vues) et de fiabiliser le reporting. Dans un engagement « Hoog », les producteurs phonographiques et les éditeurs de services en ligne se sont engagés à étudier la procédure de reporting par les éditeurs, « dans une logique de simplification, d’économie et de fiabilité » permise notamment par la norme DDEX. À cet effet, un tiers de confiance peut s’intercaler entre un éditeur et un producteur phonographique ou une société de gestion collective(7).
 
Enfin, il faut disposer de services techniques spécialisés. Certains répondent aux différents besoins exprimés précédemment. Ainsi, en matièred’enrichissement des métadonnées, l’API MusicStory Pro (MusicStory) propose des métadonnées telles que des photos, des biographies ou des chroniques. Concernant lareconnaissance automatiquement des œuvres musicales, le boîtierBoxcast (Yacast) placé dans les clubs et les discothèques reconnaît automatiquement les œuvres pour la Sacem ou la SPRÉ ; l’APIMusicStory Pro identifie sans ambiguïté l’artiste (IPI), la version de l’album (EAN), les titres des œuvres (ISRC) et les œuvres musicales (ISWC). Pour ce qui est de la  certification de l’usage des œuvres et la fiabilisation du reporting, le projet Armonia (GIE européen / BMAT) enrichit les rapports de ventes issus des plateformes de distribution et facilite la facturation et la répartition des droits ; le tiers de confiance Transparency Rights Management certifie quant à lui le reporting entre la chaîne musique de Dailymotion et la Sacem.

L’avenir : meilleur partage de la valeur et norme internationale ?

 

Fin 2014, l’Adami a pointé du doigt le partage « inéquitable » de la valeur dans l’abonnement au service de musique en ligne de type streaming. Selon l’Adami, sur les 9,99 € facturés chaque mois, l’État perçoit 1,99 € (TVA), la Sacem 1 € (droit d’auteur), les « intermédiaires » 6,54 € (70 % producteurs phonographiques, 30 % éditeur de service de musique en ligne) et les artistes 0,46 € (répartis entre tous les artistes écoutés par l’abonné pendant un mois).
 
Rappelons en effet que les plateformes de distribution négocient directement les droits voisins avec chaque producteur phonographique (gestion individuelle). La collecte des droits voisins auprès des plateformes de distribution, par les sociétés de gestion collective (et non les producteurs), fait débat et l’objet de plusieurs propositions de la Spedidam.
 
Le rapport « Selles » recommandait l’élaboration de normes internationales de métadonnées de propriété tandis que le rapport « Lescure » rappelait que « faute de coordination et de [normalisation] suffisantes, des bases se multiplient, partiellement redondantes, [et] ne peuvent dialoguer entre elles ».
 
Une norme internationale garantirait l’interopérabilité des systèmes et la fiabilité des échanges en spécifiant une architecture (comprenant des éléments reliés par des interfaces tels qu’une base de données), des protocoles de transmission et des messages échangés (entre éléments).
 
Le succès, dans le secteur des télécoms, de la norme GSM peut à cet égard nourrir la réflexion. Dans les années 1980, un opérateur mobile pouvait déployer un système propriétaire dans son pays si bien qu’un abonné mobile voyageant d’un pays à l’autre devait louer un téléphone mobile et souscrire un abonnement dans le pays d’accueil. L’itinérance de l’abonné mobile (usage d’un même téléphone mobile, service de téléphonie mobile et abonnement à l’étranger) était alors impossible. Dans les années 1990, la norme GSM a permis d’une part aux abonnés mobiles de devenir « itinérants » et d’autre part à chaque opérateur mobile de déployer un système garantissant l’interopérabilité technique (système GSM) et juridique (accords bilatéraux entre opérateurs mobiles de pays frontaliers) ainsi que la fiabilité des échanges. Un abonné mobile itinérant (français) pouvait dès lors voyager en Angleterre et consulter un service bancaire français depuis son téléphone mobile. Les échanges étant majoritairement normalisés entre l’abonné mobile et le service bancaire, la transaction s’effectue automatiquement sur toute la chaîne.
 
Appliquons cet exemple à l’ « itinérance du droit d’auteur ». L’abonné mobile est remplacé par un consommateur de musique anglais, le réseau mobile anglais par une plateforme de distribution anglaise, les opérateurs mobiles anglais et français par des sociétés de gestion collective anglaise (ex : PRS for Music) et française (ex : Sacem) et le service bancaire français par un créateur français (auteur, compositeur). Les échanges étant majoritairement propriétaires (ex : document imprimé, fichier texte, API) entre le consommateur de musique et le créateur, la transaction ne s’effectue pas automatiquement sur toute la chaîne.
 
Figure 2 : Échanges majoritairement normalisés (ex : GSM) et
échanges majoritairement propriétaires (ex : gestion collective du droit d’auteur)

 
Dans le secteur de la musique, la norme DDEX définit une architecture comportant plusieurs éléments (ex : plateforme de distribution, distributeur numérique, éditeur phonographique, société de gestion collective, fournisseur de service technique spécialisé). Ces éléments d’architecture échangent des messages de notification de la publication d’une nouvelle œuvre ou des rapports de ventes (au format d’échange XML) à l’aide de protocoles de transmission (AMEP, ECHO ou DCHO). Selon le rapport « Phéline », les producteurs de phonogrammes et les éditeurs de services en ligne tendent à adopter la norme DDEX pour leurs rapports de ventes.
 
Cependant, chaque nouvel entrant (ex : plateforme de distribution) est contraint de s’interfacer aux différents acteurs déjà en place (ex : distributeur numérique, société de gestion collective, fournisseur de base de données musicales) et d’intégrer des solutions normalisées (ex : DDEX) ou propriétaires (ex : fichier texte, API) sur chaque interface. Le coût de ces développements spécifiques constitue une barrière à l’entrée pour tout nouvel entrant, qui ne pourra pas les amortir sur plusieurs interfaces dans le cas de solutions propriétaires. De même, l’implémentation de DDEX est complexe (modèle de données) si bien que des fournisseurs de services spécialisés comme NueMeta commercialisent des librairies et API compatibles DDEX auprès des nouveaux entrants. Or toutes les start-up ne peuvent pas financer de tels services et se contentent de développements spécifiques.  
 
L’architecture proposée par DDEX semble s’imposer dans le secteur de la musique enregistrée mais ne couvre pas les secteurs connexes comme le spectacle (ex : agenda des spectacles, billetterie en ligne, captation audiovisuelle de spectacle) ou la synchronisation de musique enregistrée (ex : film, jeu vidéo, publicité). Une norme internationale, commune à différents secteurs des industries culturelles, intégrant un ou plusieurs « registres ouverts de métadonnées », et simple d’implémentation, serait donc bénéfique au secteur de la musique. Le développement d’une norme internationale largement adoptée (ex : GSM) nécessite une dizaine d’années. Il est donc temps que les industries culturelles unissent leurs efforts, dès à présent, afin qu’une norme internationale, spécifiant une architecture globale rétrocompatible avec l’existant (ex : code ISRC, DDEX etc), soit opérationnelle à l’horizon 2025.

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Crédit photo : François Quinton
 

Acronymes

 

AMEP
API
ASIN
BIPP
BOEM
BPM
CSV
DCHO
DDEX
DRM
DSR
EAN
ECHO
ERN
FTP
GIE
GRD
GSA
GSM
GSS
IPD
IPI
IPN
ISNI
ISRC
ISWC
JSON
PCM
REST
UGC
VPC
XML
Automated Message Exchange Protocol (norme DDEX)
Application Programming Interface (informatique)
Amazon Standard Identification Number (Amazon)
Base de données Interprofessionnelle des Producteurs Phonographiques (SNEP / Kantar Media)
Base d’Oeuvres  de l’Edition Musicale (CSDEM / SEAM)
(nombre de) Battements Par Minute (audio)
Coma-Separated Values (norme IETF)
DSR Choreography (norme DDEX)
Digital Data EXchange (norme DDEX)
Digital Rights Management (protection)
Digital Sales Report (norme DDEX)
European Article Numbering (norme ISO)
ERN Choreography (norme DDEX)
Electronic Release Notification (norme DDEX)
File Transfer Protocol (norme IETF, Internet)
Groupement d’Intérêt Economique
Global Repertoire Database (consortium)
Grande Surface Alimentaire (ex : Auchan)
Global System for Mobile communications (norme ETSI, téléphonie mobile)
Grande Surface Spécialisée (ex : Fnac)
International Performers Database (IPDA / SCAPR)
Interested Parties Information (CISAC)
International Performer Number (SCAPR)
International Standard Name Identifier (norme ISO, CISAC / SCAPR)
International Standard Recording Code (norme ISO, IFPI)
International Standard Musical Work Code (norme ISO, CISAC)
JavaScript Object Notation (norme ISO)
Pulse Code Modulation (audio)
REpresentational State Transfer (informatique)
User-Generated Content (Internet)
Vente Par Correspondance
eXtended Markup Language (norme W3C)

Références

 

Jérôme PONS, Distribution, partage et stockage des contenus numériques,  Éditions Techniques de l'Ingénieur, TE 7536, 10 août 2014
Jean-Noël GOUYET, DMAM : médias numériques, métadonnées et gestion, Editions Techniques de l’Ingénieur, TE5885, 10 août 2004 et Formats-conteneurs de médias numériques - Médias et formats – Caractéristiques - Formats de médias et formats-conteneurs de médias, Editions Techniques de l’Ingénieur, TE5368, 10 août 2009  
Hugo BON, Les métadonnées de la musique, un trésor bien protégé, My ScienceWork, 4 septembre 2012 
Patrick ZELNIK, Jacques TOUBON et Guillaume CERUTTI, Création et Internet, rapport remis au Ministre de la Culture et de la Communication, 7 janvier 2010, 
Emmanuel HOOG, 13 engagements pour la musique en ligne, 17 janvier 2011, 
Franck RIESTER, Didier SELLES, Alain CHAMFORT, Daniel COLLING, Marc THONON et Jean-Baptiste GOURDIN, Création musicale et diversité à l’ère numérique, rapport remis au ministre de la Culture et de la Communication, 3 octobre 2011, 
Rémi BOUTON, L’enjeu des métadonnées musicales, IRMA, 4 avril 2011 (dossier) et  (interviews)
Christian PHÉLINE, Musique en ligne et partage de la valeur - État des lieux - Voies de négociation et rôles de la loi, rapport remis à la Ministre de la Culture et de la Communication, 18 décembre 2013 
Feuille de route stratégique : métadonnées culturelles et transition Web 3.0, ministère de la Culture et de la Communication, janvier 2014, et Appel à contributions pour une étude sur les métadonnées dans les médias et les industries culturelles, Ministère de la Culture et de la Communication, 17 juin 2014

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